Oui, un fichier de prospection B2B gratuit et fiable existe en France, et il est produit par l'État. La base Sirene de l'INSEE, l'API Recherche d'entreprises, le Registre national des entreprises de l'INPI et le BODACC couvrent ensemble l'identification, l'activité, la taille, la localisation et les événements juridiques de l'ensemble des entreprises françaises, en licence ouverte et sans frais. Ce qu'aucune de ces bases ne contient, ce sont les adresses email et les téléphones nominatifs : c'est précisément ce que vendent les bases payantes, et c'est la seule ligne de votre budget qui se discute. Chez Leads Corp, à Lyon, nous construisons des listes de prospection pour des éditeurs de logiciels et des PME B2B à partir de ces sources. Voici ce que chacune donne, ce qu'elle ne donne pas, et ce que la loi vous autorise à en faire.
La réponse courte, quatre sources et zéro euro
Quatre jeux de données publics suffisent à constituer une liste de prospection exploitable.
- Base Sirene, INSEE. Le socle. Raison sociale, SIREN, SIRET, code d'activité, adresse, tranche d'effectif, date de création, état administratif.
- API Recherche d'entreprises, DINUM. La même matière, interrogeable en ligne par filtres, sans télécharger de fichier.
- Registre national des entreprises, INPI. Les dirigeants, les statuts et les comptes annuels déposés.
- BODACC, DILA. Le flux d'événements : créations, modifications, cessions, procédures collectives.
Aucune ne demande de carte bancaire ni d'abonnement. Toutes sont sous licence ouverte, ce qui autorise la réutilisation commerciale à condition de mentionner la source et la date de la version utilisée.
Sirene, la colonne vertébrale de toute liste B2B française
La base Sirene couvre, selon l'INSEE, près de 25 millions d'entreprises et 36 millions d'établissements enregistrés au répertoire interadministratif depuis 1973. Elle se télécharge sous forme de cinq fichiers stock : les unités légales, leurs valeurs historisées, les établissements, leurs valeurs historisées et les liens de succession.
La fiche du jeu de données sur data.gouv.fr précise les conditions pratiques, et elles comptent plus qu'on ne le croit. La licence est la Licence Ouverte 2.0. Les fichiers stock sont publiés le premier de chaque mois et reflètent le répertoire au dernier jour du mois précédent. Le fichier des établissements pèse 1,2 gigaoctet en ZIP et 833 mégaoctets en Parquet, celui des unités légales 929,4 mégaoctets en ZIP. Les versions historisées montent à 2,7 gigaoctets.
Deux conséquences opérationnelles. Ce n'est pas un fichier qui s'ouvre dans un tableur : au-delà de quelques centaines de milliers de lignes, il faut un outil de requête. Et la nomenclature d'activité change, les champs de code NAF 2025 ayant été ajoutés le 16 décembre 2025 en préparation du basculement du 1er janvier 2027. Si votre ciblage repose sur des codes d'activité, anticipez ce chantier.
Ce que Sirene ne contient pas, et c'est ce qui fait échouer la plupart des fichiers
Sirene est un répertoire d'identification administrative, pas un carnet d'adresses. Vous y trouverez le nom d'une société, son numéro, son activité déclarée, son adresse postale et sa tranche d'effectif. Vous n'y trouverez ni email professionnel, ni ligne directe, ni nom de responsable marketing, ni pile logicielle, ni signal d'intention d'achat.
C'est exactement l'écart que facturent les bases commerciales, et c'est là que se situe le vrai arbitrage. Payer pour une raison sociale et un code d'activité n'a aucun sens : ces données sont publiques et gratuites. Payer pour des coordonnées nominatives vérifiées, un organigramme et une détection de technologies peut se justifier, à condition de mesurer ce que vous en tirez. Nous avons documenté cet arbitrage sur le cas d'un acteur français dans notre article sur le dilemme best of breed en prospection B2B.
L'API Recherche d'entreprises, pour cibler sans télécharger un gigaoctet
Pour quelques centaines de comptes précis plutôt qu'un stock complet, la fiche officielle de l'API Recherche d'entreprises décrit le bon outil. Elle est maintenue par la Direction interministérielle du numérique, alimentée par l'INSEE et l'INPI, et totalement ouverte d'accès : aucune authentification n'est requise. La limite de débit est de 7 appels par seconde, l'administration se réservant le droit de l'abaisser en cas de charge.
Elle permet une recherche textuelle par dénomination, adresse ou dirigeant, et une recherche géographique, avec des filtres par activité, localisation et taille. Elle renvoie la dénomination, le SIREN, le SIRET et le code NAF. Trois périmètres en sont exclus : les prédécesseurs et successeurs d'établissements, les entreprises non diffusibles, et les sociétés dont l'immatriculation au registre du commerce a été refusée.
Pour les mises à jour plus fréquentes que le rythme mensuel des fichiers stock, la fiche data.gouv.fr renvoie vers l'API Sirene et vers la fonction de constitution de liste de l'Annuaire des Entreprises, qui travaillent sur la donnée du jour.
Le RNE de l'INPI, les dirigeants et les comptes annuels
Depuis le 1er janvier 2023, toute entreprise exerçant une activité commerciale, artisanale, agricole ou indépendante sur le territoire français est immatriculée au Registre national des entreprises. Le jeu de données publié par l'INPI contient les inscriptions de création, de modification et de cessation, le stock des entités actives, les comptes annuels déposés depuis 2017 et les actes et statuts depuis 1993, au format JSON.
C'est la source qui vous manque quand votre cible n'est pas une entreprise mais une personne, dirigeant ou associé. C'est aussi la seule qui donne accès gratuitement à des éléments financiers déposés, donc à un ordre de grandeur de chiffre d'affaires et de résultat, là où les bases commerciales facturent l'information. Réserve à connaître : la fiche data.gouv.fr signale elle-même que la fréquence de mise à jour annoncée n'est pas tenue, ce qui interdit de s'en servir comme flux temps réel.
Le BODACC, le seul flux qui vous dit quand une entreprise bouge
Un fichier statique vous donne un état. Le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales vous donne des événements, et les événements sont ce qui déclenche un achat. Le jeu de données est produit sous l'autorité du Premier ministre, diffusé en Licence Ouverte 2.0, et les bulletins paraissent cinq fois par semaine, du lundi au dimanche en cinq parutions. Les formats disponibles couvrent le PDF, le CSV, le JSON, l'Excel et le XML.
Trois séries à distinguer. Le BODACC A porte les ventes, les cessions, les immatriculations, les créations d'établissement et les procédures collectives. Le BODACC B porte les modifications générales et les radiations. Le BODACC C porte les dépôts de comptes annuels. Les annonces civiles relatives au surendettement des particuliers en sont exclues pour des raisons de protection de la vie privée.
Une immatriculation d'établissement dans votre zone, un changement de dirigeant ou un dépôt de comptes sont des motifs de contact bien plus solides qu'un code d'activité. Même raisonnement que dans notre article sur les données publiques connectées à l'IA pour la prospection B2B, à ceci près que le BODACC ne demande aucun outillage.
Les entreprises non diffusibles, la part que vous n'aurez pas
Toute personne inscrite au répertoire peut s'opposer à la diffusion de ses données. La fiche data.gouv.fr de Sirene décrit le mécanisme : les unités codées en diffusion partielle voient certaines informations masquées. Pour les entrepreneurs individuels, l'identité et l'adresse sont occultées. Quand un représentant de personne morale s'oppose, l'adresse et les données de géolocalisation disparaissent. L'API Recherche d'entreprises, de son côté, ne restitue pas du tout les entreprises non diffusibles.
C'est une contrainte de qualité autant qu'un point juridique. Une liste extraite de l'open data comporte des lignes sans adresse exploitable, et ces lignes ne doivent pas être recroisées avec une source tierce pour reconstituer ce que la personne a refusé de diffuser.
Combien d'entreprises sont réellement prospectables
Le volume brut trompe. Selon les catégories d'entreprises publiées par l'INSEE, les secteurs marchands non agricoles et non financiers comptaient 4 497 834 entreprises, dont 4 332 366 microentreprises, 158 566 PME hors microentreprises, 6 608 entreprises de taille intermédiaire et 294 grandes entreprises. Ces chiffres portent sur l'exercice 2021 dans le dispositif Ésane.
Notre calcul : les PME hors microentreprises, les ETI et les grandes entreprises réunies représentent 165 468 unités, soit 3,7 pour cent du total. Si votre offre suppose un interlocuteur dédié, un budget arbitré et un processus de décision à plusieurs, votre marché adressable n'est pas de 4,5 millions de lignes mais de l'ordre de 165 000. Un filtre sur la tranche d'effectif divise le volume par plus de vingt et change complètement l'économie d'une campagne, comme nous l'avons montré en comparant ABM et outbound générique sur des chiffres réels.
Un fichier se périme plus vite que vous ne le pensez
Les mouvements sont massifs. À fin juillet 2026, la Banque de France comptait 70 605 défaillances d'entreprises en cumul sur douze mois, contre 67 505 un an plus tôt, soit une hausse de 4,6 pour cent. La même publication rappelle que l'INSEE a enregistré plus de 1,2 million de créations sur douze mois glissants à la même date, en hausse de 10,8 pour cent.
Rapporté au stock de 4,5 millions d'entreprises, ce flux de créations équivaut à plus d'un quart du répertoire sur une seule année, d'après notre calcul, sachant qu'il est très majoritairement composé de microentreprises. La conclusion vaut dans les deux sens : un fichier constitué il y a douze mois contient des sociétés radiées et ignore des sociétés nouvelles. La question n'est pas où trouver un fichier, mais à quelle fréquence le rafraîchir. Nous avons détaillé la mécanique des défaillances dans notre bilan des entreprises françaises et des défaillances record.
Ce que la loi vous autorise à faire avec ces données
Une donnée publique n'est pas une donnée libre d'usage marketing. Deux textes commandent.
L'article L34-5 du code des postes et des communications électroniques interdit la prospection directe par automate d'appel, télécopie ou courrier électronique utilisant les coordonnées d'une personne physique qui n'a pas exprimé son consentement préalable. Il vise les personnes physiques, et impose dans tous les cas de fournir des coordonnées valables permettant d'obtenir l'arrêt des sollicitations sans frais, et de ne pas dissimuler l'identité de l'expéditeur.
La CNIL, dans sa fiche sur la prospection commerciale par courrier électronique, précise l'application au B2B. La prospection vers un professionnel peut reposer sur l'intérêt légitime quand la sollicitation est en rapport avec sa profession, l'exemple donné étant la démonstration d'un logiciel à un directeur informatique. Deux conditions s'y ajoutent : les données doivent provenir d'une source où la personne a été informée qu'une prospection était possible, et elle doit pouvoir s'y opposer facilement. La CNIL indique par ailleurs que les adresses génériques du type info@nomsociete.fr ou contact@nomsociete.fr concernent des personnes morales et ne sont pas soumises à ces principes.
Les trois obligations que personne ne respecte
Simples, et leur absence distingue une liste propre d'une liste risquée.
Mentionner l'origine des données. Lorsque les données n'ont pas été collectées auprès de la personne, l'article 14 du RGPD impose de lui communiquer l'identité du responsable de traitement, les finalités, les destinataires, ses droits et l'origine des données, au plus tard dans un délai d'un mois. Une phrase dans le premier email y suffit.
Rendre l'opposition réelle. Un lien de désinscription doit fonctionner, et la demande doit être prise en compte durablement, ce qui suppose une liste d'opposition tenue à part et recroisée avant chaque envoi. Une adresse désinscrite qui reçoit à nouveau six mois plus tard est un manquement, pas une maladresse.
Borner la conservation. La CNIL recommande, dans sa fiche sur la maîtrise de la relation client, de prévoir la suppression des informations en cas d'inactivité prolongée, avec un repère de trois ans à compter de la fin de la relation commerciale. Un prospect contacté trois fois sans aucune réaction depuis trois ans n'a pas à rester dans votre base.
Construire une liste propre en quatre étapes
La méthode que nous appliquons tient en quatre mouvements, dans cet ordre.
- Définir la cible avant d'extraire. Codes d'activité, tranches d'effectif, départements, état administratif actif. C'est ce filtre qui fait passer de 4,5 millions de lignes à quelques milliers de comptes pertinents.
- Extraire le socle public. Fichiers stock Sirene pour un travail de masse, API Recherche d'entreprises pour un ciblage fin, RNE pour les dirigeants et les comptes déposés.
- Brancher le flux d'événements. Une requête BODACC hebdomadaire sur votre périmètre, pour transformer une liste figée en file d'attente de motifs de contact.
- Enrichir en dernier, et seulement là où c'est nécessaire. Les coordonnées nominatives se construisent ou s'achètent après le ciblage, sur un volume restreint, avec une vérification de validité. Un enrichissement payant appliqué à une liste mal ciblée revient à payer pour du bruit.
C'est à cette étape que le cadre de la campagne se décide. Les taux de réponse observés et les paramètres qui les déplacent réellement sont détaillés dans notre article sur le cold email B2B en 2026.
Si vous voulez juger de la qualité d'une extraction avant de mobiliser du temps interne, téléchargez une liste de 100 leads B2B construite sur les données officielles de la base Sirene et appliquez-lui vos propres critères de tri.
Questions fréquentes
Existe-t-il un fichier de prospection B2B vraiment gratuit ? Oui sur l'identification, l'activité et la localisation, via Sirene, le RNE et le BODACC. Non sur les coordonnées nominatives, qu'aucune base publique ne diffuse.
Peut-on prospecter un professionnel par email sans son consentement ? Sous un régime d'opposition, à trois conditions : sollicitation en rapport avec sa profession, information préalable au moment de la collecte, et possibilité de s'opposer simplement.
Quelle est la fraîcheur des données Sirene ? Les fichiers stock sortent le premier de chaque mois pour le mois précédent. Pour du quotidien, il faut l'API ou l'outil de constitution de liste de l'Annuaire des Entreprises.
Faut-il encore payer une base commerciale ? Seulement pour ce que le public ne donne pas : coordonnées nominatives vérifiées, organigrammes, technologies détectées, signaux d'intention. Jamais pour une raison sociale et un code d'activité.
Que risque une entreprise qui prospecte sans mention d'origine ? Un manquement à l'article 14 du RGPD, sanctionnable par la CNIL, et un coût commercial : un destinataire qui ignore d'où vient son adresse signale le message comme indésirable.
Ce qu'il faut retenir
Le fichier de prospection B2B gratuit existe, il est public, et il est meilleur que ce que beaucoup d'entreprises achètent. La base Sirene couvre près de 25 millions d'entreprises et 36 millions d'établissements en Licence Ouverte 2.0, l'API Recherche d'entreprises est accessible sans authentification à 7 appels par seconde, le RNE ouvre les comptes annuels déposés depuis 2017, et le BODACC livre cinq parutions par semaine d'événements juridiques.
La ligne de partage est nette. Les données d'identification sont gratuites et n'ont aucune raison d'être facturées. Les coordonnées nominatives, elles, se produisent ou s'achètent, et c'est le seul poste où un budget se défend. Entre les deux se trouve le travail qui fait la différence : le ciblage, qui ramène 4,5 millions de lignes à 165 000 entreprises structurées d'après notre calcul sur les données INSEE, et le rafraîchissement, imposé par 70 605 défaillances et plus de 1,2 million de créations sur douze mois.
Reste la conformité : mention de l'origine des données dans le premier message, opposition effective et durablement enregistrée, conservation bornée. Une liste propre coûte du temps d'analyse, pas un abonnement.
