Quatre guichets officiels couvrent la totalité des appels d'offres publics français, et aucun n'est payant : le BOAMP, le Journal officiel de l'Union européenne, les profils d'acheteurs et les données essentielles de la commande publique publiées sur data.gouv.fr. Aucun abonnement commercial n'ajoute d'annonce absente de ces quatre sources : tous s'alimentent aux mêmes flux en licence ouverte. Le point de rupture d'une veille n'est donc presque jamais la détection, c'est le délai : sur les 6 549 appels d'offres parus au BOAMP en septembre 2026 avec une date limite exploitable, la médiane du temps laissé aux candidats est de 31 jours d'après notre calcul. Chez Leads Corp, à Lyon, nous construisons des listes d'acheteurs publics et des veilles B2G à partir de ces sources. Voici où chercher, ce que les seuils relevés au 1er avril 2026 ont retiré de votre champ de vision, et la méthode qui donne de l'avance.

La réponse courte, quatre guichets et zéro euro

  • BOAMP, Bulletin officiel des annonces des marchés publics. Le guichet national : avis d'appel à la concurrence, avis de résultat, rectificatifs, avis de préinformation.
  • Journal officiel de l'Union européenne. Obligatoire pour toutes les procédures formalisées, c'est-à-dire au-dessus des seuils européens.
  • Profils d'acheteurs. Les plateformes qui portent le dossier de consultation et reçoivent l'offre.
  • Données essentielles de la commande publique. Le recensement des marchés déjà notifiés, avec titulaire, montant et durée.

Les trois premiers montrent ce qui sort maintenant. Le quatrième, le moins exploité, montre ce qui sortira dans deux ans.

BOAMP, le guichet national et son accès en données ouvertes

Le BOAMP est publié par la Direction de l'information légale et administrative. Sa vraie valeur n'est pas le site de consultation, mais le jeu de données ouvert publié sur data.gouv.fr, sous Licence Ouverte, alimenté deux fois par jour, sept jours sur sept, avec un accès libre par interface de programmation.

Nous l'avons interrogé le 3 octobre 2026. Le fonds compte 1 712 179 annonces, la dernière parution datant du 2 octobre. Sur 2025 : 137 423 annonces, dont 94 785 avis d'appel d'offres, 36 145 avis de résultat et 431 avis de préinformation. Depuis le 1er janvier 2026 : 91 464 annonces, dont 2 431 sur les sept derniers jours, et 3 639 pour le seul département du Rhône, après 5 422 sur 2025. Une PME lyonnaise qui estime son marché public à quelques dossiers par an se trompe d'un ordre de grandeur.

Détail qui vaut de l'avance : chaque avis de résultat porte une référence vers l'annonce initiale, ce qui relie un titulaire au cahier des charges qu'il a gagné.

Le Journal officiel de l'Union européenne, obligatoire au-dessus des seuils

Pour les procédures formalisées, l'article R2131-16 du code de la commande publique impose à l'État, à ses établissements publics administratifs, aux collectivités territoriales et à leurs groupements de publier l'avis au BOAMP et au Journal officiel de l'Union européenne. Les autres acheteurs publient au seul Journal officiel de l'Union européenne. Si votre cible est un hôpital ou un office public de l'habitat, une veille limitée au BOAMP laisse donc passer des dossiers. Les avis européens sont diffusés gratuitement par TED.

Ces seuils ont été actualisés par le règlement délégué (UE) 2025/2152 du 22 octobre 2025, publié au Journal officiel de l'Union européenne le 23 octobre 2025, applicable depuis le 1er janvier 2026 : 140 000 euros pour les fournitures et services des autorités publiques centrales, 216 000 euros pour ceux des autres pouvoirs adjudicateurs, 5 404 000 euros pour les travaux. Ils valent jusqu'au 31 décembre 2027.

Les profils d'acheteurs, là où vit le dossier de consultation

Un avis signale un marché, il ne donne ni le règlement de consultation ni le cahier des clauses techniques. Ces pièces sont sur le profil d'acheteur, et l'article R2132-2 du code de la commande publique, dans sa version applicable depuis le 1er avril 2026, est explicite : les documents de la consultation sont gratuitement mis à disposition des opérateurs économiques, sur un profil d'acheteur, dès que le besoin estimé atteint 60 000 euros hors taxes et que la procédure donne lieu à un avis d'appel à la concurrence.

Pour l'État, ce profil est PLACE, qui couvre l'administration centrale, les services déconcentrés, les établissements publics et les organismes de sécurité sociale. L'inscription est gratuite et ouvre droit aux alertes et aux recherches sauvegardées. Les collectivités, elles, utilisent des profils mutualisés : le portail des marchés publics de la Métropole de Lyon héberge les consultations de la métropole et de ses communes membres, de Bron à Villeurbanne, avec une alerte gratuite par courriel.

Vous inscrire sur les trois ou quatre profils de votre territoire rapporte davantage qu'un abonnement national : alerte et dossier arrivent au même endroit.

Les données essentielles, le gisement que presque personne n'exploite

C'est la source la plus utile et la moins utilisée. L'article R2196-1 du code de la commande publique oblige l'acheteur à publier sur le portail national de données ouvertes les données essentielles des marchés atteignant 40 000 euros hors taxes, dans les deux mois suivant la notification.

Elles sont regroupées dans les fichiers consolidés des données essentielles, produits par les ministères économiques et financiers, en Licence Ouverte, avec une fréquence annoncée quotidienne : 41 ressources au 3 octobre 2026, dont un fichier global de l'ordre d'un gigaoctet et des fichiers mensuels à jour au 30 septembre 2026.

Chaque ligne porte l'acheteur, l'objet, le montant, la durée en mois, la date de notification, la procédure, le code de nomenclature européenne, le SIRET du titulaire et, quand il est renseigné, le nombre d'offres reçues. Autrement dit : qui achète quoi, à qui, pour combien, pour combien de temps, et contre combien de concurrents.

Deux réserves. La fiche du jeu signale elle-même que la fréquence de mise à jour n'est pas respectée et que la publication reste incomplète. Et le jeu miroir du portail d'open data du ministère, decp-v3-marches-valides, s'arrête en pratique aux marchés notifiés en 2023, qu'il recense au nombre de 91 455 contre deux seulement pour 2024. Travaillez les fichiers consolidés, pas le miroir.

Les quatre seuils qui décident où un marché apparaît

L'article R2122-8 du code de la commande publique, dans sa version issue du décret n° 2025-1386 du 29 décembre 2025 et applicable depuis le 1er avril 2026, a relevé le plancher de la dispense de publicité de 40 000 à 60 000 euros hors taxes en fournitures et services, et à 100 000 euros hors taxes en travaux. Quatre niveaux structurent désormais la visibilité d'un marché.

  • Sous 60 000 euros hors taxes en fournitures et services, et 100 000 euros en travaux : ni publicité ni mise en concurrence obligatoires. Le marché n'apparaît nulle part avant sa notification.
  • Entre ce plancher et 90 000 euros hors taxes : publicité librement adaptée par l'acheteur. En pratique, son propre site, parfois un profil d'acheteur, rarement le BOAMP.
  • De 90 000 euros hors taxes aux seuils européens : un avis est publié soit au BOAMP, soit dans un journal habilité à recevoir des annonces légales, selon l'article R2131-12 du code de la commande publique.
  • Au-dessus des seuils européens : BOAMP et Journal officiel de l'Union européenne.

Vingt mille euros de besoins par marché sont donc sortis du champ de la publicité obligatoire, dans la tranche exacte où une PME de services se positionne le plus souvent. Le texte impose toujours de choisir une offre pertinente et de ne pas contracter toujours avec le même opérateur, mais il n'oblige plus à vous prévenir. Le deuxième niveau concentre le reste des angles morts : un acheteur qui publie sur son seul site respecte la loi, et aucune veille nationale ne verra l'annonce.

Reste une asymétrie exploitable : le seuil de publication des données essentielles est resté à 40 000 euros hors taxes. Entre 40 000 et 60 000 euros, un marché peut être attribué sans que vous l'ayez vu venir, puis devenir public dans les deux mois. Vous ne le gagnez pas cette fois-ci, mais vous savez que cet acheteur achète cette prestation, à quel prix et pour quelle durée.

Pourquoi une veille échoue sur le délai, et pas sur la détection

L'article R2161-2 du code de la commande publique fixe à trente-cinq jours le délai minimal de réception des candidatures et des offres en appel d'offres ouvert, à compter de l'envoi de l'avis. L'article R2161-3 permet de le ramener à trente jours quand les offres peuvent être transmises par voie électronique, ce qui est devenu la norme, et à quinze jours en cas d'urgence justifiée ou après un avis de préinformation.

Nous avons mesuré l'écart entre date de parution et date limite sur les appels d'offres du BOAMP de septembre 2026. Sur 6 549 avis à date limite exploitable, la médiane ressort à 31 jours : 49,4 pour cent laissent trente jours ou moins, 13,8 pour cent vingt-et-un jours ou moins, 79,7 pour cent n'excèdent pas trente-cinq jours. Ce calcul est le nôtre, à partir de l'export public du BOAMP.

Trente-et-un jours suffisent à répondre à un marché que vous connaissez. Ils ne suffisent pas à comprendre un besoin, rencontrer un prescripteur, monter un groupement et produire un mémoire technique crédible. Même arithmétique que pour le coût d'acquisition d'un lead B2B : le canal n'est pas cher, c'est le temps qu'il consomme qui coûte.

Le code prévoit pourtant un mécanisme fait pour donner de l'avance : l'avis de préinformation, envoyé entre trente-cinq jours et douze mois avant l'avis de marché, avec les mêmes renseignements. En pratique, il y en a eu 431 au BOAMP en 2025 pour 137 423 annonces, soit trois sur mille d'après notre calcul. Surveillez-les, mais ne construisez pas votre pipeline B2G sur elles.

Remonter du résultat au renouvellement, la méthode qui donne de l'avance

Puisque l'amont est pauvre, travaillez l'aval. Les 36 145 avis de résultat parus au BOAMP en 2025 et les données essentielles donnent, pour chaque marché attribué, le titulaire, le montant, la date de notification et la durée en mois. Additionnez date et durée : vous obtenez la fenêtre de renouvellement, souvent deux à quatre ans à l'avance.

Un marché informatique notifié en mars 2025 pour quarante-huit mois sera remis en concurrence autour de l'hiver 2028, et son cahier des charges s'écrira six à douze mois plus tôt. C'est à ce moment qu'un échange avec l'acheteur a de la valeur, pas quinze jours avant l'échéance. Le nombre d'offres reçues hiérarchise ensuite vos efforts : un marché attribué après deux offres est mal concurrencé, donc à travailler. Les réflexes sont ceux de notre article sur les sources publiques d'un fichier de prospection B2B gratuit, et l'outillage est documenté dans notre analyse de l'ouverture des données publiques de data.gouv.fr à l'IA.

Ce que les PME gagnent, et ce qu'elles ne gagnent pas

Le rapport n° 830 de la commission d'enquête du Sénat sur la commande publique, déposé le 8 juillet 2025, donne la mesure du marché et de ses limites. Sur le fondement des seuls contrats d'un montant supérieur ou égal à 90 000 euros hors taxes, l'Observatoire économique de la commande publique chiffre la commande publique française à 170 milliards d'euros en 2023, pour 243 731 contrats initiaux notifiés, dont 194 993 par les collectivités territoriales.

Les marchés de l'État attribués à des PME représentent 5,5 milliards d'euros en 2023, soit 26,7 pour cent du montant de ses marchés. Les collectivités font mieux, avec 36 pour cent de leurs achats en valeur. Les PME remportent donc beaucoup de contrats et peu de montant, parce que les gros volumes passent par des accords-cadres taillés pour des structures plus grandes. Lecture opérationnelle : visez les collectivités avant l'État.

Combien de comptes cela représente-t-il ? Sur les 91 464 annonces de 2026 au BOAMP, nous comptons 14 186 noms d'acheteurs distincts après dédoublonnage, dont 12 588 ayant publié au moins un avis d'appel d'offres. Le champ étant un texte libre, ce sont des approximations, mais l'ordre de grandeur tient : votre marché actif se compte en milliers de comptes, et se travaille comme un portefeuille nommé, selon la logique de notre article sur les leviers du taux de transformation B2B.

Monter une veille gratuite en quatre étapes

Étape 1, définissez vos codes avant vos alertes. Identifiez les codes de la nomenclature européenne qui décrivent réellement votre offre, en relisant trois ou quatre marchés déjà attribués dans votre métier. Une alerte posée sur un mot-clé générique produit du bruit.

Étape 2, inscrivez-vous sur les profils d'acheteurs de votre territoire. PLACE pour l'État, le profil de votre métropole, celui de votre région. C'est là que vous capterez la tranche de 60 000 à 90 000 euros invisible des veilles nationales.

Étape 3, construisez votre table des renouvellements. Extrayez des données essentielles les marchés de votre nomenclature sur trois ans, ajoutez la durée à la date de notification, classez par trimestre. Vous obtenez un calendrier de prospection, pas une liste d'annonces.

Étape 4, qualifiez les comptes avant l'avis. Pour les renouvellements des douze prochains mois, identifiez le service acheteur et le prescripteur technique, puis prenez contact pendant la phase de sourcing. C'est le seul moment où votre argumentation pèse sur le cahier des charges.

Pour lancer l'étape 2 sans y passer une semaine, téléchargez gratuitement une liste de collectivités territoriales ciblée par taille, population et région : vous saurez en une heure quels profils couvrent vos comptes prioritaires.

Questions fréquentes

Faut-il payer pour une veille de marchés publics ? Non pour les annonces, parfois oui pour le temps. Les flux sont gratuits et en licence ouverte ; un outil payant vend du filtrage, pas de l'information exclusive.

Quelle est la source la plus rentable pour une PME ? Les données essentielles, parce qu'elles donnent la date de renouvellement et le nom du titulaire sortant. Les avis d'appel d'offres arrivent trop tard pour construire une offre différenciante.

Peut-on contacter un acheteur avant la publication de l'avis ? Oui, pendant la phase de sourcing. Ce contact cesse dès le lancement de la consultation, et le bon moment se situe six à douze mois avant le renouvellement, quand le cahier des charges s'écrit.

Ce qu'il faut retenir

Les appels d'offres publics français sont intégralement accessibles gratuitement, par quatre guichets : le BOAMP et son export en licence ouverte, le Journal officiel de l'Union européenne, les profils d'acheteurs et les données essentielles. Un abonnement payant achète du confort, pas une exclusivité.

Les seuils dessinent vos angles morts. Depuis le 1er avril 2026, rien n'oblige un acheteur à publier sous 60 000 euros hors taxes en fournitures et services, ni sous 100 000 euros en travaux, et la tranche suivante ne relève que d'une publicité librement adaptée. Seule l'inscription sur les profils locaux comble ce trou.

La veille en temps réel, enfin, est structurellement en retard : 31 jours de médiane pour répondre, et trois avis de préinformation sur mille. L'avance se prend sur l'aval, en additionnant la date de notification et la durée des marchés déjà attribués pour reconstituer le calendrier des renouvellements. C'est un exercice de données, pas de chance, et un tableur y suffit.